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Mais l'Institut de Volcanologie de Banyuwangi a décrété
l'état d'alerte récemment, suite à d'importantes émanations
de gaz toxiques qui ont été signalées au niveau du
lac du cratère. L'accès est interdit dans un rayon de 3 kilomètres
autour du volcan, et l'exploitation de soufre arrêtée.
De plus, la montagne se camouffle derrière une calotte de nuages. Pas question d'entamer l'ascension ce soir. De rapides coups d'oeil hors de la tente toutes les deux heures resterons vains. |
![]() Le lac d'acide du Kawah Ijen. |
Le départ pour le sommet n'a lieu que vers 5h15 du matin. Dans le calme de l'aube naissante, une sorte de grincement rythmé et saccadé se fait entendre et semble se rapprocher. Le mystère s'éclaircit vite: des porteurs de soufre sont tout de même au travail. Ils ont entamé les premiers des vingt kilomètres qui les séparent de l'usine de traitement de Licin plus bas dans la vallée.
![]() Porteur de soufre. |
![]() Porteur de soufre. |
Ils portent en équilibre sur l'épaule de gros blocs de soufre, répartis dans deux paniers reliés par un balancier fait de lattes de bambou. L'élasticité de l'ensemble est à l'origine de ce bruit caractéristique.
![]() La pesée sur les flancs du volcan. |
Plus haut, près d'une cabane en bois, les porteurs pèsent leur charge: 70, 80 et même parfois 90 kg. Ils feront de même à l'usine de Licin. |
Arrivée sur les crêtes à plus de 2300 mètres d'altitude vers 6h30. Les rayons du soleil n'atteignent pas encore le fond du cratère, mais le lac de couleur vert foncée qui le remplit est impressionnant tant pour sa beauté que pour sa composition: 38 millions de mètres cube d'acide sulfurique. Le courageux volcanologue Maurice Krafft y avait navigué en canot pour y effectuer des prélèvements.
D'abondantes fumerolles près du bord marquent l'emplacement de l'exploitation de soufre. Ici, c'est l'antre de l'enfer. Le sol est jaune, les parois également. Mais la couleur vive disparaît sans cesse dans les fumées sulfureuses grises qui tournoient au gré du vent. La respiration devient difficile, voire même impossible, et, entre deux bouffées d'air frais, l'apnée est de rigueur.
L'exploitation du soufre relève d'un autre âge. Le masque à gaz n'est pas à la portée financière des travailleurs du Kawah Ijen. Leur seule protection: un chiffon dans la bouche.
Canalisant le soufre liquide orangé dès sa sortie à la surface à l'aide de tuyaux, ils en détachent les morceaux de roches refroidies, équipés de simples barres à mine.
![]() Travail dans l'exploitation de soufre. |
![]() Au milieu des fumées nocives. |
En temps normal, ils sont entre 40 et 60 à extraire un total de 6 tonnes de soufre par jour ou à le porter jusqu'à Licin pour un salaire bien faible de 25 F par jour. Leur espérance de vie ne dépasse pas 40 ans. Ils ne sont pourtant pas des esclaves et sont respectés de tous. Un sentiment de fierté éclaire le regard de ceux qui osent affronter quotidiennement le volcan.
Aujourd'hui, ils sont moins nombreux car le volcan donne des signes d'inquiétude. Des vapeurs blanchâtres surmontent le lac du cratère et des bouillonnements gazeux envahissent sa surface.
![]() Une bulle de gaz vient d'exploser à la surface du lac. |
Il est 8h50 ce 3 juillet 1993, lorsque, lors de la remontée vers
le sommet du cratère, un bruit sourd parvient à nos oreilles.
Un rapide coup d'oeil nous en donne l'explication: une bulle d'acide -
d'une cinquantaine de mètres de diamètre pour une hauteur
de 10 ou 20 mètres - vient d'exploser à la surface du lac.
Les remous se propagent vers les abords du lac en cercles concentriques.
Il faut accélérer le pas car le cratère peut se remplir totalement de gaz toxiques, comme ce fut le cas il y a quelques années et provoqua la mort de plusieurs porteurs de soufre. Cette fois-ci, les travailleurs de l'enfer du Kawah Ijen en seront quittes pour une grande peur. Nous aussi. |
Le volcan Kawah Ijen se trouve à l'extrême Est de l'île de Java. La principale ville la plus proche est Surabaya, reliée par avion à Denpasar (Bali) et Jakarta entre autres.
Deux routes sont possibles. La première, plus longue, par Banyuwangi et Licin, s'arrête au village de Jambu. Suivre alors le sentier des porteurs de soufre jusqu'au volcan. La deuxième solution est de passer par Bondowoso et Wonosari. On rejoint le sentier des porteurs à Paltuding quelques kilomètres après le village de Sempol. Avantage: la route est plus courte (300 Km), de même que la marche (2 heures).
Texte et photos: Pascal Blondé - Voyages effectués en Juillet 1993, Mai 1997, Octobre 1998, Novembre 1999 et juin 2000