Au coeur de l’Afrique sur le volcan Nyiragongo

Approche du lac de lave du Nyiragongo et rencontre avec les gorilles de montagnes.
(République Démocratique du Congo)

Plus de photos du volcan Nyiragongo ou des gorilles de montagnes?


Les cultures omniprésentes grâce à la terre volcanique fertile.

Mercredi 15 mars. C’est via Kigali au Rwanda voisin que notre petit groupe d’«Aventure et Volcans» rejoint la région de Goma en République Démocratique du Congo. Nous nous installons à l’hôtel Ihusi très fréquenté de Goma, entre les 4×4 des nombreuses ONG, la bourgeoisie locale réunie pour célébrer une fête, et un certain nombre de jeunes dames aux tenues un peu affriolantes.

Le soir tombe et, de la route longeant l’hôtel, les rougeurs du Nyiragongo sont bien visibles. Malheureusement il est tard, les sacs ne sont pas encore prêts. Je n’ai donc guère le temps de chercher un point de vue assez dégagé pour une photo. De plus, la fenêtre de ma chambre ne donne pas sur le volcan ni même sur le lac Kivu, mais sur un mur proche de 3 mètres au plus.

Ecoliers rwandais hilares à la vue de notre pneu crevé.
Des pêcheurs au travail sur le lac Kivu près de Gisenyi au Rwanda


Départ de l’«expédition» pour le sommet.

La route longe la coulée dévastatrice de 2002.
Nous croisons d’étranges moyens de transport sur la route du volcan.

Le lendemain le lever est très matinal. Petit déjeuner rapide et départ pour la montagne. A l’entrée du parc, près du village de Kibati, un bataillon de porteurs nous attend déjà. Une « armée » pacifique: les porteurs et accompagnateurs du parc du Nyiragongo se sont regroupés en une coopérative (POPNY); tout au long de notre séjour sur le volcan nous serons bien encadrés. Nous recevons d’ailleurs une petite plaquette d’informations sur le volcan et son ascension.

Les porteurs du parc du volcan sont déjà prêts.
On retrouve la coulée de 2002 lors de l’ascension.

Il nous faut 6 heures – longues pauses comprises – pour atteindre le sommet, sortant de temps à autre l’imperméable lorsque l’orage se fait menaçant. La chance est avec nous puisque finalement nous ne serons guère mouillés. Alternant forêt, anciennes coulées de lave (de 1977 et 2002) visqueuses ou plus fluides, le chemin nous mène à 2700 m d’altitude à la fracture éruptive à l’origine de ces coulées.

Projection de lave dans un arbre.
De jeunes fougères poussent déjà sur les anciennes laves.

Entre le sol volcanique sombre et le vert de la végétation, des fleurs orangées de la famille des montbretia-crocosmia se font remarquer. La végétation change rapidement avec l’altitude: bruyères arborescentes puis sénéçons géants. En cours de route, nous remarquons également la végétation brûlée par les gaz ainsi que des projections de lave dans les arbres. A 3200m d’altitude, 3 cabanes – ou ce qu’il en reste – marquent l’ascension du cône terminal du volcan. Nous n’avons pas eu finalement l’occasion de faire un détour par le cratère adventif du Shaheru, sans doute trop préoccupés par la météo.

Végétation d’altitude à l’approche du sommet.
Des fleurs Crocosmia sur les pentes du volcan Nyiragongo.


Deux jours à lutter contre la météo.

Première vision nocturne du lac.

Nous voici donc au sommet, au campement sud, sur les lèvres du cratère au fond duquel bouillonne ce fameux lac de lave. Le panache de gaz a bien du mal à s’échapper du volcan, plaqué à l’intérieur par un vent violent, et les nuages eux-mêmes semblent s’y précipiter. Par chance un peu plus tard, vers 18 heures, le lac se dévoile enfin à nos yeux, juste une petite heure… Il faut composer avec le vent et les quelques moments où le lac est suffisamment dégagé, pour «sortir» quelques photos «potables». De ce point de vue le lac de lave est partiellement occulté par une «terrasse» située plus bas dans le cratère.

Malgré le vent le spectacle est magnifique.

Point positif, le repas est succulent, et on n’aura pas à se plaindre de la nourriture lors de notre séjour. Etonnant même: les légumes sont frais et épluchés sur place!
Nouveau coup d’oeil au lac de lave lors d’une éclaircie entre 23h15 et minuit puis… rideaux! Le mauvais temps s’installe pour de bon. Nuit agitée. La tente ploie sous les rafales de vent et la toile s’affaisse sur nos visages.

Le campement dans les nuages et les gaz.
Promenade sur les abords du cratère pour tuer le temps…

Vendredi 17 mars, au lever du jour, nous nous rendons à l’évidence: nous sommes dans les nuages. A 6h40 un rayon de soleil perce les nombreuses couches nuageuses et nous offre une petite éclaircie, histoire de contempler le triste spectacle: du bas de la montagne des nuages montent vers nous, au dessus de nos têtes des nuages poussés par un vent puissant, et à notre niveau également des nuages…

La journée passe à attendre une accalmie. Je joue avec mon téléphone portable et envoie des SMS. Les réseaux GSM congolais et rwandais sont reçus correctement. Ma carte rwandaise se révèle plus économique que la française tant pour les appels que pour les SMS. Un espoir arrive justement de France par un message: «Jeudi et vendredi: temps mauvais mais arrivée amélioration samedi en milieu de journée puis beau temps».
Les heures s’écoulent, les cartes mémoires de l’appareil photo se remplissent guère et les batteries se vident même, à force de revoir les photos assez mauvaises de la veille.

Deuxième nuit et toujours un trop court spectacle.

Je ne suis pas prêt de rapporter des images aussi belles que celles faites en janvier par Tom Pfeiffer et Marco Fulle (Decade Volcano et Stromboli Online)

Milieu de l’après-midi, petite éclaircie. Nous apercevons le cratère adventif du Shaheru, mais tout comme la nuit précédente, nous ne partons pas sur le flanc ouest où nous pourrions voir l’intégralité du lac. La météo ne s’y prête toujours pas. En consolation, le panache et les nuages se déchirent un peu et nous offrent deux heures de spectacle sur le lac depuis le campement sud.


Enfin l’accalmie tant attendue!

Nouvelle nuit agitée sous la tente et, à 4 heures du matin ce samedi 18 mars, toujours pas de départ pour le flanc ouest… météo exécrable… Ca se gâte même au lever du jour. Orage et grêle s’abattent maintenant sur nous. Mais la météo s’améliore vers midi et le vent se calme. En milieu d’après-midi nous partons (enfin!) pour le flanc ouest, un peu anxieux car nous sommes encore un peu dans le brouillard. Nous en sortons assez rapidement, le SMS météo d’Inggried et Bernard se révèle donc d’une justesse incroyable…

Attendre l’accalmie tant attendue…

Commence alors la superbe soirée tant attendue. Devant nous, à nos pieds, le cratère du Nyiragongo et plus de 550 mètres en contrebas le lac de lave (estimation: 300 mètres de long pour 200 de large). Le panache de gaz reste très conséquent. Il faut faire avec, mais nous restons «scotchés» sur place devant un tel spectacle. Continuellement brassée, la lave est éjectée du lac sous forme de fontaines et de murs de lave de 20 à 40 mètres de haut. Le sol et les parois du fond du cratère sont très noirs, témoignage d’une élévation temporaire du niveau du lac.Les photos prises en janvier ne montrent pas de telles traces, l’évènement s’est donc produit entre janvier et notre venue.


Goma de nuit vue du sommet du volcan.

Nous ne regagnons pas les tentes avant 23h, fermement décidés à retourner une dernière fois sur le flanc ouest avant d’entamer la descente le lendemain matin. Le temps est beau, et les lumières de Goma illuminent les rives du lac Kivu


Un dernier regard, la descente, et les séquelles de Goma.

Au bord du cratère, le photographe s’en donne à coeur joie…

Dimanche 19 mars, lever à 4 heures. Une fois encore, nous partons pour le flanc ouest pour un dernier regard sur le lac. Ma focale de 17mm montée cette fois-ci sur mon boîtier argentique m’offre un panorama fantastique, la vue englobant aussi bien le lac de lave niché au fond du cratère, les parois et terrasses, le panache et, en arrière-plan, les premières lueurs du jour sur les volcans éteints Mikeno et Karisimbi. La journée s’annonce donc bien, mais malheureusement la descente nous attend et marque la fin de notre séjour au sommet du Nyiragongo.



Dans l’après-midi, à Goma, nous traversons les coulées de lave qui ont coupé la ville en deux en 2002, avant de se jeter dans le lac Kivu. Aujourd’hui encore, la ville en garde des séquelles. Des carcasses de camions et voitures prises dans la coulée témoignent de l’emplacement d’un ancien garage. Les étages supérieurs des habitations sont devenus des rez-de-chaussée.

Goma garde encore des traces de la coulée de 2002.


L’Observatoire Volcanologique de Goma.

A l’Observatoire Volcanologique de Goma (OVG), Célestin Kasereka, responsable scientifique, nous donne un grand nombre d’explications sur le volcanisme de la région, la surveillance du volcan et sur la protection des populations. Selon l’OVG, il n’y a pas actuellement de signes précurseurs d’une éruption du Nyiragongo mais le Nyamulagira, juste à côté, doit être surveillé attentivement car il entre en éruption tous les 18 mois et la dernière remonte maintenant à 2004.


Sur les traces de Dian Fossey, avec les gorilles de montagne.

Dian Fossey repose entre les volcans Mikeno et Karisimbi.

Le lendemain nous avons rendez-vous avec les derniers gorilles de montagne dans le parc des Virunga. Encore un lever matinal. La route longe les volcans Nyiragongo et Nyamulagira totalement dégagés aujourd’hui, le ciel est d’un bleu pur… Avant notre venue, un éclaireur est parti pister les gorilles. La famille de neuf individus que nous devions aller voir est trop éloignée, nous partons donc rejoindre celle forte d’une trentaine d’individus!

La terre volcanique montre toute sa générosité ici, nous traversons d’abord de nombreux champs cultivés avant d’arriver à l’orée de la forêt. Nous nous y engageons en suivant les indications du guide: rentrer nos bas de pantalons dans les chaussettes et ne pas s’arrêter n’importe où, sous peine d’être pris à partie par les fourmis rouges. Plus facile à dire qu’à faire, lorsqu’il faut enjamber la végétation qui cache des racines bien traîtres…

Voilà les gorilles! Bien visibles dans une clairière. Le mâle dominant au dos argenté (d’où son nom de «silverback») ne se montre que très peu, mais les autres membres de la famille jouent, mangent, et se laissent tirer le portrait sans être visiblement dérangés. Notre guide nous détaille le régime très sélectif du gorille: de cette plante-ci, il n’en mange que les feuilles, de celle-là que la tige, d’une autre seulement la moelle! A s’alimenter de la sorte, s’aidant des mains, ils ont vraiment une allure humaine. La famille rejoint doucement la forêt, trop sombre pour continuer les prises de vues (les flashs sont bien sûr interdits).




Fin de notre séjour. On regrettera de n’avoir pu explorer longuement les abords du cratère du Nyiragongo et visiter le cratère adventif du Shaheru envahi par une coulée de lave. La météo et le volcan ont un peu joué avec nos nerfs, mais si le lac de lave ne s’est dévoilé à nos yeux que bien lentement, c’est aussi pour conserver une partie de son esprit mythique.



Texte et photos: Pascal Blondé – Voyage effectué en Mars 2006.

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