Décembre 2017: retour sur un Erta Ale totalement métamorphosé!

Courant janvier 2017, l’Erta Ale a connu un épisode hors du commun. Des fractures se sont ouvertes sur le flanc sud, d’imposantes coulées ont recouvert cette zone et des épanchements et petits lacs de lave s’y sont formés. Les deux pit-cratères sommitaux sont méconnaissables. J’ai vu tout ceci de loin… Il est grand temps de retourner en Ethiopie.

Petite rétrospective photographique de ce voyage. Retrouvez encore plus d’images volcaniques sur ma page Erta Ale.

Fin novembre je reçois des nouvelles de Guy de Saint-Cyr (Aventure et Volcans). Le 17 novembre, il a réussi avec le guide éthiopien Seifegebreil Shifferaw à approcher ce nouveau petit lac de lave qui se situe au sud de la caldeira. Un voyage est annoncé pour mi-décembre. C’est décidé, j’y vais! Ca sera mon cinquième séjour sur cet étonnant volcan. Voir de mes propres yeux les modifications survenues depuis mon dernier passage en avril 2016 est tout de même mieux que de suivre l’activité sur internet via les yeux des autres ou ceux des satellites.


A Mekele, ville des hauts-plateaux éthiopiens, avant de plonger dans la dépression de Danakil


Mekele, 16 décembre 2017, arrivée à l’hôtel Planet International. A quelques pas de là on s’imprègne de l’atmosphère éthiopienne de la capitale régionale du Tigré en déambulant dans le marché. La température est plutôt douce, liée à l’altitude (~2200m) et au vent assez fort.

 


Le lendemain matin nous empruntons la route qui va vers le lac Afrera et beaucoup plus loin Djibouti. L’Ethiopie qui n’a pas de façade maritime dépend énormément de ces routes pour importer et exporter les marchandises. Les camions sont donc assez nombreux. Petite halte café dans la bourgade de Gegeya Shet à 850 mètres d’altitude.


A cette porte d’entrée du Danakil des policiers se joignent à nous pour assurer notre sécurité. Nous continuons la descente dans la dépression et la chaleur se fait maintenant sentir. Nous quittons la route pour la piste, le sable, le désert. Attention les nuages de sable soulevés par les 4×4 peuvent cacher dromadaires, autruches, arbustes ou véhicules!


Halte déjeuner à Kursewad et piste vers le camp de base de l’Erta Ale. Nous sommes seuls! Un mois auparavant ce camp était un parking géant de plus de 60 véhicules. Dans le lointain un panache surmonte le cratère sommital sud, un autre plus modeste le nord, alors qu’une fumée noire légère trahit la présence d’activité plus au sud hors de la caldeira. Ca sera notre premier objectif de ce séjour.


Bivouac sous un ciel étoilé

L’ascension débute vers 21h par le sentier habituel menant à la caldeira. Au 2/3 du trajet bifurcation vers le sud pour rejoindre un campement en direction de la nouvelle zone active abritant le lac de lave. Le matériel, la nourriture, l’eau, sont portés par les dromadaires. Vers 1h du matin, nous nous endormons sous une voûte étoilée, le regard également tourné vers un panache rougeoyant à près de deux kilomètres de là.

18 décembre. A vol d’oiseau (ou de drone pour vivre avec son temps…) les deux kilomètres restants sont faciles à parcourir. Le bord de la caldeira est atteint en 1h et demi sans difficulté. Devant nous s’étale alors un immense champ de coulées de lave, certes refroidies mais totalement instables et cassantes.


14h: nous descendons du bord de la caldeira et débutons l’approche du lac. Les plaques de lave cèdent sous nos pas et je ne regrette pas d’avoir mis des gants épais. Guy de Saint-Cyr n’avait réussi à rejoindre le lac qu’à la troisième tentative, mais grâce à ses repérages GPS une petite heure suffit pour parvenir à notre objectif.


On longe maintenant une fracture pour trouver un point d’observation adéquat. L’ambiance est volcanique: le port du masque à gaz est indispensable, le sol est instable et les gaz chauds nous brûlent même à travers les pantalons. Sortis de cette zone inconfortable, le spectacle s’offre enfin à nous!


Une surface grise et lisse, est-ce trop tard?

Le spectacle n’est pas aussi spectaculaire qu’attendu: la surface du lac de lave est lisse et grise. Un fin liséré incandescent laisse quelque espoir de voir du « rouge ». Bien installés à l’abri des gaz nous attendons fébrilement! Nous remarquons aussi un panache un peu plus loin vers notre droite: d’autres cratères renferment des lacs de plus petites dimensions. Un participant fait décoller son drone. Vraiment pratique ces petits engins pour avoir une vision d’ensemble, explorer des recoins, essayer de trouver des passages mais – vu son prix – attention à ne pas tenter le diable et le perdre dans des endroits impossibles à atteindre.

Vers 16h, avec mon zoom 70-200mm je réalise des beaux plans rapprochés des alentours et de la surface du lac. C’est à ce moment-là que la surface commence à se fissurer sur le bord opposé à notre point d’observation. La lave incandescente jaillit enfin pour le plus grand bonheur de tous. Ca « bouillonne », je mitraille ces belles projections de matière incandescente… mais l’agitation s’étend maintenant à un bon tiers du lac. Quelle mauvaise idée ai-je eu de chausser ce téléobjectif quelques minutes avant le début de l’agitation! Impossible d’immortaliser la furie qui embrasse la surface, impossible de cadrer assez large! Heureusement je ne suis pas seul et d’autres auront plus de chance (ou de flair) que moi. En 2 minutes, c’est terminé.


Lors de cette phase d’activité, un tunnel sur notre gauche alimente le lac sous la forme d’un imposant flot de lave fraîche. A la fin de la phase d’activité cette alimentation reste visible sous la forme d’un liseré rouge en forme de V, la pointe émanant du tunnel.


L’attente reprend. D’autres brassages de lave nous sont offerts. Encore un tel beau spectacle vers 17h38 mais plus limité en surface.

La nuit tombée, un anneau de feu semble recouvrir la peau sombre du lac. Comme repoussé par l’alimentation en lave fraîche du tunnel, il semble diminuer progressivement en taille.


Il est maintenant près de 20h et nous levons le camp. Il faut rejoindre notre bivouac, et à la lueur des frontales refranchir le champ de laves instables. Nouveau bivouac sous un ciel constellé d’étoiles.


Des pits cratères sommitaux méconnaissables

Le lendemain après-midi 19 décembre nous parcourons la caldeira sommitale pour observer les modifications survenues depuis janvier 2017. Un panache de gaz s’échappe du pit-cratère nord. Un trou béant immense, voilà ce que je trouve à la place du hornito. Olivier Grunewald a capté ce moment dément, le 21 janvier, où le cratère s’effondre. Allez voir sa page facebook.

Le pit-cratère sud renfermait un immense lac de lave. Là aussi Les bulletins, blogs et réseaux sociaux ont largement raconté les évènements, les disparitions et réapparitions du lac. Un panache imposant cache fréquemment ce qu’il reste du lac. La patience est de rigueur. Le soir tombe et le lac se découvre progressivement. Il a une forme de banane ou de haricot, coincé entre la paroi et une terrasse qui semble occuper une grande partie de l’ancien lac. Il est plutôt petit mais fortement agité, bien différent d’avant donc.



L’Erta Ale ne semble pas encore prêt de se calmer. Le blog https://laculturevolcan.blogspot.fr, comme bien d’autres, permet de suivre son activité. L’imagerie satellite montre que les coulées ont atteint la plaine à l’est du massif de l’Erta Ale, à quelques dizaines de kilomètres de l’Erythrée. Il y aurait bien une piste qui passerait dans cette zone mais plutôt du genre chemin de contrebandiers ou de rebelles… Impossible de s’y rendre en sécurité. Décidément cela me rappelle l’éruption du volcan Nabro à une centaine de kilomètres au sud-est. Il est situé en Erythrée, mais lors de sa dernière éruption en juin 2011 les coulées avaient vite passé la frontière et coulé côté éthiopien. Seuls les satellites nous avaient offert quelques belles images!

Retour sur la capitale Addis Ababa. Le survol aérien entre Mekele et Addis est intéressant. La géologie tourmentée de la région laisse apparaître les hauts-plateaux parcourus de canyons et profondes vallées.

A une vingtaine de kilomètres de la capitale, nous terminons notre voyage par un déjeuner à Debre Zeit. Egalement appelé Bishoftu, cette zone a connu des violentes éruptions volcaniques durant le quaternaire. Notre restaurant domine un des nombreux lacs qui se sont formés dans les anciens cratères.

Texte et photos: Pascal Blondé – Voyage « Aventure et Volcans » effectué en décembre 2017.

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