Batak et Minangkabau: deux peuples bien différents au coeur de Sumatra

Dans ce pays composé d’une multitude d’îles, s’étendant sur deux mille kilomètres, Sumatra s’impose par sa taille. Nettement moins peuplée que Java, l’île reste le pays de la découverte avec ses fleurs énormes, ses chaînes de volcans et de forêts à l’ouest, et ses rizières et mangroves à l’est. Et un climat pas très accueillant car chaleur et humidité se conjuguent dans ce pays où il pleut des cordes tous les jours…

Retrouvez mes images volcaniques de Sumatra ici: https://pascal-blonde.info/galeries/?dir=volcans/indonesie-sumatra et de la région Minangkabau ici: https://pascal-blonde.info/galeries/?dir=minang

Jeunes filles sur l’île de Samosir.

Une ancienne dépression volcanique forme, à une altitude de 800 m, un des plus grands lacs d’Asie, long de 70 km: le lac Toba. C’est le pays des « Bataks » qui vécurent reclus dans la montagne pendant longtemps. Leurs moeurs et leurs coutumes se sont perpétuées jusqu’à la moitié du siècle dernier. Dès le XIVème siècle, ils repoussent l’Islam qui se développe partout en Indonésie et restent alors animistes. Les missionnaires protestants hollandais commencent à les christianiser au milieu du IXXème siècle mais la tâche est rude: ils se heurtent à un véritable royaume de guerres tribales et d’anthropophagie rituelle.

Le centre spirituel des Bataks est l’île de Samosir (40 km de long sur 20 de large) au centre du lac Toba. De larges murailles protègent plusieurs villages. Les plus anciennes demeures dépassent les 250 ans et ont résisté aux fréquents séismes grâce à une construction ingénieuse sur pilotis. Des cornes de buffles surmontent les toits de chaume à forte pente. Dans chaque village est bâtie une maison abritant les jeunes hommes célibataires jusqu’au moment de leur mariage.

Sigalegale, une marionnette de bois.

Le village de Simanindo est un musée vivant. Des danseurs y exhibent Sigalegale, une marionnette de bois élément important de la culture batak: il y a fort longtemps, un roi perdit accidentellement son fils unique et fit ordonner la construction d’une marionnette à l’effigie de son enfant pour favoriser le souvenir de son âme.

Danse batak à Simanindo.
Enfants bataks en costume de danse de guerre.

Un peu partout en parcourant l’île de Samosir, on retrouve les couleurs batak: le rouge-marron, le noir et le blanc, que ce soit sur les sculptures accrochées aux façades, sur les statuettes ou sur la proue des embarcations.

Au port de Sibolga, à un peu moins d’une centaine de kilomètres au sud du lac Toba, embarquement pour l’île de Nias sur la côte ouest de Sumatra. Les cargos mixtes qui assurent la traversée n’ont que des horaires approximatifs et le confort est inexistant. Mais le trajet en vaut la peine. L’île est assez peu fréquentée par les touristes.

Nombre des villages anciens tels que Bawamataluo et Hilisimaetano ne sont accessibles qu’en gravissant de longs escaliers de pierres polies par les siècles, qui débouchent sur l’allée principale totalement pavée. Les Niassiens y sèchent leur récolte de riz devant leurs maisons sur des nattes tressées.

Les bancs de pierre et les statuettes révèlent un peu de l’histoire de ce peuple. Avant leur christianisation au 19ème siècle, l’anthropophagie et les sacrifices humains étaient courants. Ici le statut d’une personne se mesurait au nombre de cochons possédés et un conseil des anciens présidait aux destinées du village. Les guerres étaient bien sûr redoutables, les chasseurs de têtes et l’esclavagisme aussi. De nos jours encore, les danses mettent en exergue les costumes de guerre et les boucliers d’écorce.

« Buffle vainqueur ».

Le buffle, emblème des Minangkabaus.

Plus au sud dans un pays de volcans, de jungles et de lacs magnifiques, vivent les Minangkabau. Une de leurs légendes les fait descendre directement d’Alexandre le Grand. Minangkabau signifierait « Buffle Vainqueur » à la suite de la victoire de ceux-ci sur les Javanais. Pour éviter de verser du sang, les deux peuples belligérants avaient décidé de faire combattre deux buffles. L’ingéniosité des Minangkabau fut payante: ils choisissèrent un jeune buffle affamé et surmonté d’une lame acérée au niveau de la tête. La jeune bête essaya de téter la bête javanaise adulte ce qui fut fatale à cette dernière.

Islamisés au XIVème siècle, ils ont toutefois conservé des traditions anciennes et suivent un système familial matri-linéaire. Ainsi la maison, qui peut facilement abriter une cinquantaine de personnes, revient à la plus ancienne femme de la famille, la matriarche.

Une fleur d’un mètre de diamètre.

Bukittinggi, 900 mètres d’altitude, une ancienne ville coloniale hollandaise, est le grand centre culturel des Minangkabau. C’est aussi le centre d’une région intéressante à tout point de vue. A 16 km au nord, à Palupuh, pousse la plus grande fleur du monde: la Raflésia qui atteint parfois un mètre de diamètre et 7 kg.

Le style typique des demeures minangkabaus.

Dans les villages aux alentours de Bukittinggi, on visite facilement quelques maisons et palais traditionnels, aux façades de bois finement ciselées et peintes de différentes couleurs, aux grands toits de chaume relevés aux extrémités et ornés de têtes de buffles.

A Kota Gadang, les Minangkabau travaillent l’argent. Les broches et autres joailleries qui en sortent sont d’une extrême précision. Leur réputation est tout aussi grande pour les habits tissés d’or et d’argent, rehaussés de motifs géométriques ou floraux ou le travail du bois comme on peut le voir à Pandai Sikat.

Danse minangkabau à Bukittinggi.

Ces vêtements hauts en couleurs peuvent être admirés lors des danses Minangkabau basées sur l’art de la self- défense (Silek). Les Telempong, percussions sous forme de bols fermés, les flûtes de bambou (Puput) et les tambourins (Tabuah), anciennement utilisés pour transmettre des messages entre villages rythment les danses dont la grâce repose sur de précis mouvements des mains et des doigts.

Le peuple Minangkabau, contrairement aux Bataks et Niassiens, s’est trouvé en contact avec la civilisation moderne beaucoup plus tôt et en a largement profité pour son développement et sa renommé. Nombre de Minangkabau participèrent au mouvement d’indépendance et le plus connu d’entre eux, Mohammad Hatta, fut Vice-Président de l’Indonésie sous le régime de Sukarno.


Texte et photos: Pascal Blondé – Voyage effectué en Juillet 1990.

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